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Emeutes le 20 avril dernier suite à la saillie du premier ministre Jean Charest ironisant sur la contestation des étudiants, les invitant à “aller travailler dans les mines du Nord” ( en rapport avec le salon Plan Nord, où il faisait une allocution sur les opportunités d’affaires dans la région minière du Nord du Québec)

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Les étudiants québécois sont en grève depuis 12 semaines, en conflit ouvert avec le gouvernement Jean Charest, le plus long de l’histoire des conflits sociaux du Canada. Ils protestent contre une hausse de 75% des frais d’inscription dans les universités sur cinq ans, décidée par le gouvernement libéral du Québec. Après l’échec des négociations avec la ministre de l’Education, Line Beauchamp, les étudiants sont redescendus dans la rue pour exprimer leur colère et leurs frustrations.

Une fois de plus, des affrontements ont eu lieu hier soir au centre-ville de Montréal, entre policiers et manifestants en colère. Les policiers du groupe d’intervention, masqués et matraque à la main, ont tenté de disperser les manifestants. Ils ont lancé des grenades assourdissantes et ont utilisé des gaz lacrymogènes. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé avoir arrêté quelque 85 manifestants au cours de la soirée, dont trois mineurs.

Le mouvement de grève, loin de s’essoufler, reprend donc de la vigueur suite à la rupture des négociations, seulement deux jours après le début des discussions avec la ministre de l’Education, Line Beauchamp. Cette dernière qui avait traîné des pieds pendant 12 semaines avant d’accepter de recevoir les trois associations estudiantines, a décidé d’exclure de la table des négociations l’une d’elles, la CLASSE, sous prétexte de rupture de la trêve de non-manifestation.

Du coup, les deux autres associations étudiantes – la FECQ (cégeps) et la FEUQ (universités), se sont retirées à leur tour, de la table des négociations. Léo Bureau-Blouin, l’un des représentants des étudiants, a interpellé la ministre de l’Education. “Il faut cesser les enfantillages et mettre de côté le fossé idéologique qui nous sépare”, lui a-t-il lancé du haut de ses 20 ans.

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Les revendications des étudiants québécois

C’est donc un retour à la case départ après 12 semaines de grève. Environ 170 000 étudiants québécois protestent depuis mi-février pour faire revenir le gouvernement Charest sur sa décision d’augmenter de 1 650$ les droits annuels de scolarité. Actuellement à 2 200 dollars par an, auxquels il faudrait rajouter des frais propres à chaque université, les droits de scolarité au Québec sont moins chers que dans le reste du Canada, mais plus onéreux qu’en Europe.

Le Budget 2012 du gouvernement Charest prévoit un plan de financement des universités québécoises d’une durée de six ans, reposant sur l’augmentation des droits de scolarité à plus de 75%. Une contribution supplémentaire de 100 millions$ sera exigée par ailleurs des commissions scolaires qui devront réduire leurs dépenses administratives ou puiser dans leurs surplus. Ce qui a fait bondir la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) qui a déjà absorbé des compressions importantes au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, en déposant le Budget 2012, a ignoré les revendications des étudiants et fermé la porte à la proposition des recteurs de recourir à un médiateur afin de dénouer la crise.

Mesure insoutenable pour les étudiants, qui scandent “On veut étudier, on ne veut pas s’endetter”. A l’instar des étudiants américains ou canadiens anglophones, les étudiants québécois sont obligés de contracter des emprunts auprès des banques afin de poursuivre des cursus universitaires. Seulement 1 sur 5 bénéficie d’une bourse d’étude ou de prêt universitaire. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux se voient forcés de faire de petits boulots pendant leurs études pour subvenir à leurs besoins en logement et en nourriture. Cette hausse des droits de scolarité leur mettrait encore plus la pression en terme d’endettement sur plusieurs années, avant même d’avoir commencé leur vie professionnelle active. D’autres se verraient forcés d’arrêter leurs études. Les étudiants dénoncent l’éducation à deux vitesses qui s’annonce au Québec, où seuls les étudiants aisés financièrement pourront avoir accès à l’enseignement supérieur.

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Vers un “printemps québécois”?

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Le mouvement de grève des étudiants s’enlisant, avec l’appui de la société civile et certains partis d’opposition, d’aucuns n’hésitent plus à parler de “printemps québécois” ou d’évoquer Mai 68. Tous les ingrédients sont là: colère et frustration de la jeunesse, contestation dans les écoles et les universités, affrontements avec les représentant de l’autorité (police, gouvernement, professeurs), rupture de tout dialogue entre les parties, émeutes de plus en plus violentes, polarisation du conflit sur des thèmes idéologiques – valeurs et modèles de société.

Pour les étudiants grévistes, l’enjeu est de taille. Il y a cinquante ans, moins de 10 % des jeunes québécois avaient accès aux études supérieures. En 2010-2011,  plus de 44% de la population ont eu accès au cursus universitaire.  C’est ce progrès social qui est aujourd’hui remis en question par le Plan budgétaire du gouvernement Charest.

Des milliers de Québécois issus de la société civile, parents, syndicats, retraités, ont manifesté dans les rues avec les étudiants en grève. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui regroupe près de 140 organisations communautaires, syndicales, féministes et étudiantes, ont participé aussi aux manifestations.

Le porte-parole de l’association étudiante la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a dénoncé l’incapacité du gouvernement Charest à assurer aux jeunes Québécois un futur prometteur. “Ce qu’on propose à notre génération, c’est un avenir bouché. On est en train de couper les ailes littéralement d’une génération en entier. [...] Tout ce qu’on lui propose, c’est de s’endetter plus qu’aucune génération avant pour étudier, pour ensuite devoir faire quoi? Devoir travailler plus longtemps que jamais pour payer les fonds de retraite de la génération qui l’a précédée”, a-t-il déclaré.

Une pétition circule pour demander la démission du premier ministre Jean Charest. “Ce gouvernement est antidémocratique. Il ne respecte pas les citoyens. On l’a élu, il doit nous écouter. Donc, le printemps québécois, c’est un mouvement populaire parce qu’on veut avoir des élections, on veut que ce gouvernement soit défait”, a lancé une manifestante.

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