Directe, sincère, intime, privilégiée… les qualificatifs pour définir la nature des relations entre la France et le Québec ne manquent pas. Pour l’actuelle Consule générale de France au Québec, Hélène Le Gal, « les deux partenaires ont, d’une certaine manière, développé une relation unique au monde ». Une relation qui se situe bien au-delà d’un rapprochement bilatéral conventionnel : « La coopération franco-québécoise est née d’une volonté politique de travailler conjointement au progrès technique, scientifique, économique, social et culturel des deux sociétés, rappelait le Gouvernement du Québec en 2008. Depuis quarante ans, et au-delà des changements politiques de part et d’autre de l’Atlantique, cette volonté ne s’est jamais démentie ». Jusqu’à la signature de l’entente sur les arrangements de reconnaissance mutuelle (ARM) il y a deux ans, nouvelle étape fondamentale dans les relations franco-québécoises.
Depuis 1961, le Québec dispose d’une délégation générale à Paris. La « Révolution tranquille » est en marche. À l’époque, le gouvernement de Jean Lesage affirme de nouvelles ambitions en matière de relations internationales en même temps qu’il élabore « une nouvelle identité nationale québécoise, qui s’écarte du nationalisme traditionnel canadien-français ». Officiellement reconnue en 1965 par la signature d’une entente en matière d’éducation – suivie par une autre dans le domaine culturel –, la coopération franco-québécoise s’étend rapidement par la suite à de nombreux autres secteurs: relations économiques, échanges universitaires et scientifiques, domaine social, etc.
Le fameux voyage du Général de Gaulle au Québec en 1967 va définitivement sceller les relations d’intimité entre la province canadienne et l’Etat français. Certes marquée par le fameux « Vive le Québec libre ! » prononcé par le président de Gaulle depuis le balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, cette visite aura surtout permis « de mettre l’accent sur la relation spécifique entre la France et le Québec, estime Mme Le Gal. Par la suite, au fil des ans, les liens ne vont faire que se renforcer entre les différents chefs d’Etats et Premiers ministres québécois, entre les Premiers ministres français et québécois. La relation est aujourd’hui rythmée par ce que l’on appelle les rencontres alternées des Premiers ministres, tous les ans ou tous les deux ans. » La prochaine aura lieu à Paris en novembre 2010. « Et chaque fois qu’il vient en France, le Premier ministre québécois est reçu de la même manière qu’un chef d’Etat ».
Des relations économiques équilibrées
En un peu plus de quatre décennies, les relations économiques et commerciales entre Paris et Québec ont considérablement évolué. Deuxième investisseur au Québec (après les Etats-Unis), la France est un acteur économique de premier plan. Plus de 330 filiales d’entreprises y sont établies, emploient plus de 20 000 personnes (60 000 sur l’ensemble du territoire canadien) et génèrent un chiffre d’affaires supérieur à 20 milliards de dollars canadiens (13 milliards d’euros). Inversement, le nombre de sociétés québécoises implantées en France a fortement progressé au cours des vingt dernières années. En 2007, « un total de 160 entreprises québécoises exerçaient des activités dans divers secteurs économiques en France », soit environ 27 000 salariés.
« Ce qui fait la spécificité des relations économiques entre les deux partenaires, c’est qu’elles s’appuient sur les implantations et les investissements mutuels plus que sur les flux commerciaux au sens strict », analyse Mme Le Gal. À côté des grands groupes industriels – Bombardier, SNC Lavalin, Cascades ou Québecor côté québécois, Sanofi-Aventis, EADS, Bouygues côté français – de nombreuses PME participent également au dynamisme des échanges bilatéraux. Le programme Ubifrance/Québec mis en place en 1964 appuie la coopération industrielle entre PME françaises et québécoises. Au cours des dix dernières années, « ce programme a engendré des investissements de plus de 50 M$ » et permis la création de quelque 500 emplois. « Pour ces entreprises, prolonge encore Mme Le Gal, nous cherchons également à améliorer la connaissance des créneaux d’excellence et de pôles de compétitivité. En novembre prochain, à l’occasion de la visite de Jean Charest en France, des rencontres seront organisées à Bordeaux, Lille, Strasbourg et Paris afin d’essayer de créer un maillage de ces pôles qui sont à la jonction entre recherche et l’entreprise et l’industrie. Le réseau est très dense. »
Les arrangements de reconnaissance mutuelle
En près d’un demi-siècle, plus d’une centaine d’ententes bilatérales ont été signées entre la France et le Québec. Dans les domaines de la culture, des sciences et technologies, du tourisme, de l’immigration ou encore de la coopération universitaire… des accords rythment les relations entre les deux partenaires.
Parmi les plus récentes, l’entente passée au titre des arrangements de reconnaissance mutuelle (ARM) va probablement modifier en profondeur la nature des échanges entre les deux partenaires. L’idée est simple: simplifier les modalités d’accessibilité aux métiers et professions réglementés de part et d’autre de l’Atlantique. Depuis un an et demi, cinquante-quatre accords ont ainsi été signés dans de nombreux secteurs d’activité et les négociations se poursuivent jusqu’à la fin de l’année entre les ordres professionnels des deux rives. « Pour les médecins par exemple, un accord a été signé, détaille la Consule de France. En France, on exerce la médecine en libéral. Au Québec, elle est de nature étatique. Les échanges étaient compliqués. Aujourd’hui et grâce à cet accord, la situation a été simplifiée. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de conditions. Elles sont différentes et ont évolué. L’objectif reste bien de simplifier la vie de ceux qui décident d’aller exercer chez l’autre ».
« L’entente est vue d’un bon œil par Ottawa, analyse par ailleurs Charles-Emmanuel Côté, professeur de droit à l’université de Laval. Car, jusqu’à un certain point, elle peut jouer le rôle de tête de pont dans l’intensification du libre-échange et de la libre circulation des services et des professionnels entre l’Europe et le Canada. » Un dossier que Pontransat abordera la semaine prochaine.
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Des artistes Français et Québécois célèbrent ensemble les 400 ans du Québec
| L’éclairage de Charles-Emmanuel Côté
Pour Pontransat, il décrypte la nature particulière des relations entre le Québec et la France et les enjeux de l’entente sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. |
Plus de quatre décennies d’ententes bilatérales
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Jusqu’au 2 octobre prochain, députés français et québécois se réuniront en séances de travail à l’Assemblée nationale pour évoquer les questions de laïcité et d’accommodements raisonnables, mais également de développement durable et de prospérité économique. |








